lundi 5 octobre 2009

Cavadee

Il y a plusieurs mois déjà (le 8 février 2009) nous avons eu la chance d'assister à une petite partie de la fête hindoue du Cavadee (ou "Thaipoosam Cavadee").

A l'Ile Maurice, cette fête en l'honneur du dieu Muruga a lieu tous les ans en janvier ou février (en fonction du calendrier lunaire tamoul). Elle marque la fin de 10 jours de prières et de jeûne pour les pénitents. En ce 10ème jour, ils se dirigent en une longue procession vers un temple.

Cavadee est à la fois le nom de la fête tamoule, et le nom d’un gros objet essentiel aux célébrations. C’est une sorte d’arche, ou plutôt d’autel (parfois c’est presque une sculpture) fabriqué quelques jours avant la procession. Cet autel symbolise le temple du Dieu Muruga. Les photos sont assez parlantes : les cavadees sont composés de bois, de bambous, de fleurs, de feuilles, de plumes, etc…

C'est Anoushka qui nous a emmenés voir la procession (sans elle, nous n'aurions jamais osé y aller). Nous sommes allés au pied de la falaise du Corps de Garde (une petite montagne non loin de la ville de Palma). Le temps était maussade, mais le "spectacle" auquel nous avons assisté était tellement incroyable et fascinant qu'on en oubliait la pluie.

Anoushka était spectatrice comme nous, et elle n'a pas hésité à nous amener aux "premières loges".

Nous avons vu des centaines d’hommes et de femmes défiler devant nous, certains en blanc, d’autres en habits très colorés. Ces derniers avaient en fait des vêtements blancs au départ, mais ils ont été colorés dans des tons roses grâce à une poudre spéciale. Certains hommes portaient sur leurs épaules les fameux cavadees. Autour d’eux, des gens (sans doute de la famille ou des amis) intervenaient de temps à autre, pour éviter que le cavadee ne tombe (d’autant plus qu’il y avait quelques petites rafales de vent ce jour-là !). C’est impressionnant à regarder : les cavadees qu’ils portent sur leurs épaules pesaient manifestement très lourd.



Mais le plus impressionnant n’était pas là : les blessures infligées aux corps des hommes qui portaient -ou tiraient derrière eux- des cavadees nous ont plus marqués encore.

En plus de porter un cavadee sur leurs épaules, les hommes avaient en effet des dizaines d’aiguilles plantées dans le corps (mollets, cuisses, dos, torse). Souvent, au bout de ces aiguilles, des offrandes étaient accrochées : des clochettes, des petits limons, ou des outres contenant du lait. Dans la mesure où ils devaient garder le silence pendant la procession, une longue aiguille leur était également enfoncée en travers de la langue, les empêchant bien évidemment de prononcer le moindre mot.



Le plus ahurissant restait à venir. Quelques hommes avaient non seulement des dizaines d’aiguilles lestées plantées dans le corps, portaient non seulement un lourd cavadee sur leurs épaules, mais en plus, ils tiraient derrière eux un autre cavadee. Et quel cavadee pour certains !! De véritables chars, qui pesaient tellement lourd qu’il fallait parfois 5 ou 6 hommes pour les empêcher de rouler en arrière (le temple étant perché dans la montagne, le chemin est très en pente…). Or, ces hommes tiraient ces cavadees… à l’aide d’aiguilles plantées dans leurs poignées d’amour, voire dans le dos !





J’ai dû détourner le regard à plusieurs reprises. Il y avait de très jeunes enfants autour de nous qui ne semblaient pas éprouver de difficulté à regarder les pénitents avancer, à les encourager, mais ce n’était pas mon cas !

Ajoutons à cela, le fait que quelques hommes faisaient le choix de ne pas avancer pieds nus, mais sur des semelles de clous (!). Quelques rares femmes portaient des cavadees (dont une petite fille !), mais elles n’avaient pas d’aiguilles plantées dans le corps. En revanche, elles avaient elles aussi la longue aiguille en travers de la langue.



Cette fête tamoule est un spectacle incroyable. Puisque la procession a lieu dans la rue (bonjour les embouteillages lors de ces fêtes), elle est "ouverte" à tout le monde : n’importe qui peut venir regarder ce défilé coloré et spectaculaire, dès lors qu’il ne gêne pas son avancée.



Merci encore Anoushka, de nous avoir permis de découvrir un peu ce qu’est Cavadee !

3 commentaires:

Bertrand a dit…

Ca me rappelle beaucoup la fête tamoule qui a lieu à kuala lumpur à la "batu cave" (et sûrement plutôt ailleurs en Inde), je viens de retrouver le nom : Thaipusam. Des trucs assez incroyables dans le même genre ! http://en.wikipedia.org/wiki/Thaipusam Ah ben ça parle de "kavadi" là, les charges qu'ils portent, sûrement vos "cavadee" ! On en apprend tous les jours en tout cas, même à Maurice ! :)

Ben a dit…

Bien vu !
En fait le nom complet de la fête à laquelle nous avons assisté est "Thaipoosam Cavadee" (l'orthographe dépend sans doute des pays)

May a dit…

Je viens d'aller voir le lien Wikipedia, Bertrand : c'est carrément ça effectivement.

Je sais pas pour toi, mais en ce qui me concerne, c'est quand je vois ce genre de truc hallucinant en pleine rue que je réalise combien Paris est loin !